Clinique du dos

Suivi psychologique des patients atteints de lombalgies chroniques

Auteur : Élisabeth TOJA

Il nous semble important dans la prise en charge psychologique du patient atteint de lombalgies chroniques (comme pour d’autres douleurs ou comme dans d’autres pathologies) de prendre en compte l’aspect subjectif des symptômes.

Cette évaluation de l’expérience subjective du patient va nous permettre de comprendre comment le sujet se perçoit, comment il perçoit son environnement professionnel et personnel.

L’investigation psychologique va nous permettre la symbolique des modifications relationnelles dues à la douleur.
L’approche cognitivo-comportemental va être de considérer l’utilisation de la douleur comme une réponse opérante à la problématique spécifique de chaque patient.

Nous ne savons pas pourquoi tel évènement peut ébranler un patient quelque soit son histoire, plus qu’un autre patient.
Il importe de savoir ce que signifie un événement inducteur pour chacun en fonction de ce qu’il est génétiquement, en fonction d’une histoire, et en fonction d’un moment significatif de son histoire.

En gros, l’accompagnement psychologique devra essayer de permettre au patient de décrypter à quoi peut bien servir le symptôme.

Existe t’il un bénéfice secondaire à cette expression de la douleur.

Les conséquences d’un comportement peuvent être plaisantes ou déplaisantes.

Si paradoxalement le comportement mis en place à cause de la douleur a une action ayant des conséquences positives, il existera un renforcement positif de cette expression.

Sur le plan médical, l’idée de guérir suscite parfois chez le patient de l’ambivalence, la souffrance n’a pas que des inconvénients car elle éveille l’attention de l’autre et offre un statut celui de malade.

Sur le plan psychique, si les symptômes qui génèrent l’interdiction de vivre, d’être heureux, peuvent être très douloureux ; ils peuvent aussi instaurer un certain équilibre.

Souffrir permet parfois de payer sa dette.

C’est pourquoi une fois la demande psychothérapique engagée, il est fondamental de tenir compte de la signification profonde du symptôme ou de la maladie.
Qu’est ce qu’elle signifie, en quoi peut elle bien servir, de quoi s’agit il.

Il est important de savoir quel est le lien entre la maladie et le malade, ce fait est un fait digne d’attention que nous nous devons d’entendre et de décrypter.

La maladie touche l’individu dans son intégralité, dans son corps, et dans son esprit, c’est pourquoi il est important que la prise en charge du patient soit multidisciplinaire.

Le vécu douloureux dans les lombalgies chroniques induit chez le patient des pensées automatiques et involontaires.
Il se produit selon ce schéma des erreurs logiques dont le dénominateur commun serait de produire des interprétations exagérément pessimistes de l’expérience vécue ( exemple : c’est toujours sur moi que ça tombe, je gère tout, je porte tout).

Ces distorsions cognitives résultent chez le sujet qui souffre d’une abstraction sélective ne retenant inconsciemment que les évènements désagréables, d’une catastrophisation, d’une disqualification du positif et d’une minimisation systématique de tout événement heureux.

On pourrait dire que le lombalgique chronique se maltraite en « traitant mal les informations qu’il reçoit à chaque instant ».

La prise en charge cognitivo-comportementale permettra au patient de s’autoriser à prendre conscience de ses « errances logiques » et à développer une analyse de ses propres raisonnements.

Pour accroître l’adhésion du patient à la réactivation qu’il lui ait proposée par rapport à son dos, la modification de ses croyances lui permettra d’adopter un rôle actif.

Évaluer ce que pense un patient de la cause de sa douleur, de la gravité de sa maladie, de son retentissement et son rôle dans la prise en charge de ses attentes en terme de traitement et de soulagement fait apparaître de nombreuses notions qui sont parfois disfonctionnelles pour l’adaptation à la situation du patient et aux traitements qui vont lui être proposés.

En terme de croyance, je vous en parlais tout à l’heure, en vous disant que certains patients, par exemple sont plutôt négatifs dans leur traitement, il est important de voir à quel point ils peuvent dramatiser la signification des lésions décrites de leur caractère qui leur semble obligatoirement irréversible, l’attente passive qu’ils peuvent avoir d’un soulagement qui ne peut obligatoirement qu’être chirurgical par exemple pour certains.

Ces croyances disfonctionnelles sont des facteurs d’incapacité et malheureusement elles forment un véritable barrage chez le douloureux chronique.

Si nous les mettons en lumière, elles nous permettront d’activer ou de mettre en place l’adhésion du patient à sa réadaptation.

Certaines croyances du patient peuvent être liées à des informations reçues lors de son parcours médical, d’autres sont le témoin d’un mode particulier d’analyse des informations, celui dont je vous parlais tout à l’heure quand je vous disais que le douloureux chronique traite mal les informations qu’il reçoit.

Ce mode particulier d’analyse d’informations correspond souvent à un état anxieux ou dépressif et parfois à des troubles de la personnalité.

Ce traitement de pensées relativement négatives engendrent chez le patient de véritables distorsions cognitives qui lui font voir sa condition sous l’angle de vision le plus négatif possible et le plus pessimiste possible.

Il a été démontré que les stratégies dites actives, par exemple :


Il est donc important que le patient arrive à exprimer son catastrophisme pour qu’il essaye de se focaliser sur autre chose que sur les aspects aversifs de l’expérience douloureuse.

Cette prise en charge psychologique devra lui permette de mettre des "mots"sur ses "maux"et de se donner le droit de dire "je suis mal" au lieu de ne se donner que le droit de dire "j’ai mal".

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