Clinique du dos

Un atout mémoire

Auteur : Nicola GENTILE

Chapô :

Le roi des jeux, c’est la réputation du bridge. Et si cette réputation était en deçà de la réalité ? Si le bridge avait en outre des effets bénéfiques sur le cerveau, l’humeur ou même sur le système immunitaire ?

Texte :

Le bridge est un jeu sérieux. Comme tous les jeux. Mais ce jeu de stratégie et de déduction réclame, plus qu’un autre, attention, concentration et mémoire. Ainsi que du temps et une certaine dose de constance. Le joueur est doublement récompensé de ses efforts. Ce jeu lui donne beaucoup de satisfactions. Et il entretient sa souplesse mentale.Car le cerveau, pour se maintenir en forme, a besoin d’exercice, comme un muscle.

Avec le temps, le cerveau ralenti. Déjà la perte de plusieurs milliers de neurones par jour et la diminution de l’afflux du sang contribue à ralentir les fonctions intellectuelles. Mais il ne perd pas pour autant sa plasticité, cette capacité à remodeler ses réseaux sous l’impulsion de l’environnement et des apprentissages. Une première bonne raison d’entraîner sa machine à penser. A côté de ces aspects physiologiques, le mode de fonctionnement cognitif, c’est à dire la manière de traiter les informations, ou de résoudre les problèmes par exemple, évolue aussi. Spontané, simpliste et rapide dans les jeunes années, il s’affine avec l’âge et s’enrichit du recul des expériences et des références de toute une vie. Ce qui compense un (certain) ralentissement, sauf si les raisonnements s’ankylosent dans des schémas stéréotypés. De plus, le côté ludique au fil des années, s’envole, et avec lui une motivation supplémentaire, pour laisser la place à une focalisation opératoire sur le résultat. Ces éléments se conjuguent et freinent le fonctionnement cognitif. Une deuxième bonne raison d’entraîner sa machine à penser. Pourquoi ? Imaginons le cerveau comme un réseau de rues, d’avenues et de boulevards composant une ville. Pour nous rendre de la rue d’Italie à la place Garibaldi, nous suivons habituellement un trajet rapide et satisfaisant. Or un jour, des travaux font obstacle sur ce trajet. Si nous connaissons les rues environnantes, nous aurons une idée plus ou moins précise d’un trajet de substitution et donc la solution est la, autrement cela prendra plus de temps voir et une certaine dose de frustration. Si nous avons l’habitude de nous orienter et de chercher des adresses dans d’autres villes, ce sera encore plus facile, car nous mettrons en oeuvre des processus cognitifs, comme l’orientation, le calcul ou la prise de décision, souvent sollicités. Pour revenir au fonctionnement cérébral, cela signifie que plus nous résolvons de problèmes et plus nous sommes amenés à gérer de situations nouvelles, plus nous sommes aptes à en résoudre. Quel rapport avec le jeu de bridge ? Le bridge peut nous aider à devenir ce chauffeur astucieux, capable de se frayer un chemin inédit dans une circulation encombrée. Car ce jeu confronte le joueur à des situations toujours nouvelles, à la hauteur des multiples possibilités de combinaisons des cartes et des partenaires. Et il l’oblige, non seulement à calculer les différentes éventualités de jeu et à choisir une technique, mais aussi en changer selon le cours de la partie au fur et à mesure qu’il intègre de nouvelles informations. Une activité qui est tout sauf routinière pour le cerveau et des plus stimulantes.

Intertitre 1 :?

Pratiquer un sport cérébral pour entretenir ses facultés, c’est bien. Encore faut-il le faire avec plaisir et sérénité, car se contraindre à une exercice voir des exercices rébarbatifs sous prétexte d’entretenir ses neurones se révèle le plus souvent sans effet. Mieux vaut choisir une activité ludique pour faire travailler « ses méninges ». Cette dimension est primordiale et doit le rester. Au cours du jeu aussi. C’est la satisfaction de constater qu’il a réussi, qu’il a mis en oeuvre les stratégies les plus judicieuses qui comble le joueur et assure la consolidation de ses facultés. Même si la présence des enchères apporte une légère pression lié à la prise de risque (un peu de saine adrénaline !), ce risque n’altérer pas le côté ludique. En principe. Car si la partie de cartes se transforme en cauchemar, avec son lot de stress, voire de panique, il est préférable de changer d’activité. Ou de partenaires ! Le bridge est en effet un tout. Un investissement intellectuel complet de l’individu et un engagement dans un jeu d’équipe, où le joueur forme avec son partenaire un véritable duo décidant des stratégies à tenir. Il est aussi le partage du même plaisir, de la même passion et des effets positifs qui en découlent, et le plus souvent à l’extérieur de chez soi, ce qui favorise les relations sociales ! De là à envisager que tous ces éléments puissent avoir des répercussions positives sur le plan médical, il n’y avait qu’un pas, que de récentes recherches vont sans doute permettre de franchir. Jouer au bridge, aux échecs ou d’un instrument de musique diminuerait les risques de développer des troubles liés à la dégénérescence neurologique, en cause dans les démences, notamment la maladie d’Alzheimer*1. Dans cette recherche, les joueurs de bridge étaient ceux qui couraient le moins de risques de subir les effets de ces maladies dégénératives. 75 % de risques en moins pour les bridgeurs, contre 38 % pour les cruciverbistes. Cela ne signifie pas que les activités de ce type éviteraient cette maladie, mais qu’elles en retarderaient ou en atténueraient les effets. Plus surprenant encore: il suffirait de jouer aux cartes pour stimuler la production d’anticorps ! Des chercheurs ont prélevé du sang sur des femmes septuagénaires en bonne santé avant et après une partie de bridge d’une heure et demie. Ils ont constaté une augmentation significative de lymphocytes T, les pièces maîtresses du système immunitaire. Si les résultats prometteurs de cette étude préliminaire*2 se confirment, la preuve d’un lien entre les systèmes cérébral et immunitaire pourrait être établie.  Mais en attendant, joueurs, jouez ! Vous n’en retirerez que des bénéfices.

*1 D’après l’étude américaine du neurologue Joe Verghese au Albert Einstein College of Medicine du Bronx,
*2 D’après Marian Cleeves Diamond, un professeur à l’Université de Californie à Berkeley ?

Éventuellement Encadré Bridge et mémoire

Jouer au bridge réclame une bonne mémoire. Tout joueur expérimente cet aspect du jeu, quelquefois à ses dépens. Cependant, sa capacité de mémoire, dite « de travail », celle qui, sur une courte durée, gère à la fois les activités de stockage et de traitement des informations, est supérieure à celle des non joueurs. C’est ce qu’une étude américaine a mis en évidence. Mais ne pensez pas que le niveau du joueur ait une incidence quelconque sur cette aptitude. Même très moyens, tous les joueurs réussissent mieux aux tests de mémoire que les non joueurs. La conclusion des chercheurs : c’est l’entraînement et non la performance qui stimule la mémoire.

 

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